19/04/2009

Bête à bon Dieu

C'est toujours ma valise qui arrive la dernière, farceuse, juste au moment où je n'y crois plus...Je la traîne derrière moi comme une grosse fatigue. Mes absences me pèsent, et puis ce rendez-vous manqué...

"A lundi, Chérie??", je n'avais pas eu le temps de lui dire, non, attends, la semaine prochaine je pars en voyage, trop tard il avait déjà disparu derrière un buisson d'hortensias. 

Les portes automatiques me projettent au dehors.

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part. Mais bien sûr personne n'est là. Comme d'habitude. Machinalement mes yeux balaient la foule, qui attend, anxieuse, fébrile, un papa, un amant, une amie. Comme d'habitude.

Mais est-ce que je regarde, seulement?

"Chérie?"

Une voix, venue comme de l'au-dedans de moi.

Une main dans ma nuque, une odeur familière, verveine, menthe, miel.

Il est là, je sens palpiter son coeur dans mon ventre, avec comme cadeau de bienvenue un sourire si plein de promesses...un de ces sourires de bébé, quand ils sourient aux anges en dormant...et tout pareil j'ai envie d'enfouir mon nez sous la brassière et de soufffler sur son ventre des bulles avec ma bouche.

Sa main tient fermement ma nuque, j'aime bien ce geste, il me fait du bien, ce geste.

Il m'attire à lui un peu trop brusquement et gronde sourdement :

" ne me fais jamais plus ça" puis il viole ma bouche, j'étouffe.

Nous marchons jusqu'au parking, deux automates, silencieux.

" Passe-moi les clés"

J'obtempère, il place ma valise dans le coffre, s'installe derrière le volant. Je boucle ma ceinture, baisse machinalement le pare-soleil : le petit miroir me renvoie les traits d'une enfant prise en faute.

Il roule. Vers où? Je ne suis pas inquiète. J'ai juste peur du moment quand il dira "faut que j'y aille"...Et où?

Il roule. Il semble à la fois contrarié et heureux. Je pose ma main sur son genou, il soupire. Soulagement ou frustration? Il allume la radio, nos doigts se disputent les touches, je veux écouter un CD, lui les résultats sportifs. Nos coeurs sont deux lionceaux qui se chamaillent, se mordillent, se roulent l'un sur l'autre.

Il me regarde de côté, me tire la langue, je lui rends la pareille.

- Chérie, ne me fais plus jamais ça

- J'ai voulu te prévenir, mais...

- Jamais, tu m'entends?

- Ok

- Promets

- je te le promets

Il a arrêté la voiture sur une aire de repos. Je n'ai aucune idée de l'endroit où on se trouve, et pour peu que je sache, on a peut-être déjà quitté la Terre. Il prend ma main, l'ouvre bien à plat, écarte fort mes doigts, et observe intensément.

- Tu lis l'avenir? je fais, narquoise

- Je vois le passé, je ressens le présent ( sa voix est grave de ton et d'esprit)

Il scrute maintenant sa propre main, compare. 

- Regarde

Je regarde. Soudain, une gueule puissante m'attaque à la gorge, m'éventre, me dévore. Je suis épouvantée : les lignes de nos mains sont parfaitement identiques, jusqu'à la moindre ridule.

- Comment as-tu su...je murmure

Il sait toujours tout. Et moi je ne sais rien.

- Comment cela est-il possible?

Et comme son silence ne présage rien de bon, j'ajoute : " j'ai peur".

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Les draps sont froids sur ma peau, un linceul.

Est-ce ça, la mort? Ce désarroi, cette incompréhension, cette angoisse, cette solitude, et puis ce froid, toujours ce froid?

Je prie en silence. Je prie sans mots. Je communie.

Peu à peu la sérénité réchauffe les engelures de mon âme. Mon coeur est à nouveau à marée haute. Il baigne, heureux et repus, foetus de mes rêves, de mon utopie. La gestation risque d'être longue...

Je m'endors.

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Dans mes rêves, une coccinelle m'appelle  : " Chérie! ne me fais plus jamais ça, promets-le".

Petite bête à bon Dieu...

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Il est trop tôt quand je m'éveille. J'ai très envie de faire l'amour. Cet homme creuse en moi un puits de désir sans fond. Je sais qu'il ne le comblera jamais. J'ignore exactement pourquoi, mais profondément, mon âme pressent que c'est impossible.

J'ai des envies d'impudeur, d'indécence, de glauque. Toutes sortes de pensées obcènes transforment mon désir en un besoin. Je saisis mon portable, compose le numéro de Léo. A cette heure-ci, soit l'oiseau de nuit de repaît de sa capture du soir, soit il dort. Une voix ensommeillée grommelle :

- Tu es malade??

- oui, j'ai envie de toi

- et bien branle-toi

- ok

( sa voix se fait plus douce )

- tu es nue?

- oui

- touche ta chatte. Dis-moi si elle est mouillée.

- oui, elle est toute mouillée.

- Approche le téléphone que j'entende si elle est bien mouillée. Caresse-la, pense à ma langue, bien plaquée dessus...Oh oui elle est bonne, ta chatte, c'est la meilleure de toutes.

Je me caresse au son sa voix sensuelle et grave.

- tu veux que je te prenne?

- oui

- viens, je te retourne, je m'aggrippe à ton cul, je tapote ma queue bien dure sur tes fesses. Tu sens comme ma queue est bien dure?

- oh oui, je la sens.

- tu la veux, hein, petite salope?

- oui, je la veux

- demande

- s'il te plaît, prends-moi

- demande mieux que ça

- baise-moi, s'il te plaît

- mieux que ça, je te dis

- je t'en prie, fourre ta grosse queue dans ma chatte de petite salope

- voilà, je m'enfonce en toi. Tu me sens bien? je te prends fort, là

- je vais jouir

- dis mon prénom, quand tu vas jouir, je veux que tu dises mon prénom

- je vais jouir. Léo, tu me fais jouir...

- ...

- ...

- C'était bon?

- mmm...

- Tu vas me laisser dormir maintenant??

- mmm...

- je passerai te baiser un de ces soirs...

-mmm...

Depuis que nos jeux ont commencé, je ne peux plus jouir seule, ou presque. J'aime sa voix, le timbre de sa voix, j'aime ses mots crus, notre connivence. J'aime le souvenir de nos ébats.

Mais Léo n'est pas l'homme d'une seule femme : je suis sa chose, sa confidente, et il est mon amant de dépannage, ma bite de secours.

Il se croit unique, et au fond, il l'est, puisque je ne fais l'amour qu'avec lui.

Ca fait longtemps que je ne l'ai pas appelé; depuis ma rencontre avec Angie.

Angie ...énigmatique...Angie...troublant...tombé un jour dans mes bras sans passer par mes draps...Cet attachement, ce lien ( et je sens bien que c'est une lourde chaîne qui me lie à lui) est bien plus solide que tous ceux qui m'ont attachée auparavant, un enchaînement bien au-delà de l'amour, de la passion.

Un amour si grand, si profond qu'il remplirait mon âme entièrement, telle la mer qui s'engouffre dans les grottes et baptise les sables, mouillant chaque grain, pour le transformer en une masse lourde et visqueuse. Et pourtant comme l'océan cet amour semble éroder les parois de mon être, le creuser, d'un manque, d'un besoin, que chacune de ses caresses ne ferait qu'intensifier.

Je confonds peut-être ce besoin pour du désir, et je le comble à ma manière.

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Léo est arrivé à minuit, en retard comme toujours. J'étais déjà assoupie sur le tapis de Chine devant un feu qui mourait. Les bougies tombaient elles-aussi de sommeil.

Dans un de mes moments d'égarement, j'avais un jour remis à Léo la clé de chez moi; il entra donc, silencieusement, se faufila jusqu'au salon, se dévêtit en jetant, épars, et un jeans sur le bras d'un fauteuil, et une chemise sur le rebord d'une chaise, et il vint s'allonger de tout son poids sur moi. Je fis mine de ne pas me réveiller pour prolonger ce moment intime. Je me sentais à la fois soumise et protégée. Sa tête glissa entre mes fesses. Son souffle chaud entre mes cuisses annonça le début des festivités.

( à suivre)

 

 

 

 

01:18 Écrit par chouchou dans Amour | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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