19/05/2004

Paris, CDG

Elle est plantée comme une capucine, nez en l'air, secouant vaguement ses pétales décoiffés.
C'est un grand jardin , Paris-Charles-de-Gaulle.
Deux billes vertes sous la casquette cherchent la bonne file.
Tiens, pour une fois, elle dépasse tout le monde d'une tête. Les autres ont tous les yeux bridés, comme s' ils les  plissaient pour mieux y voir. Elle les imite, par mimétisme de politesse.
Ses compagnons de voyage rigolent à tout propos, un chinois ça rit comme nous on fait la gueule, par habitude.
Alors elle aussi elle prend l'air hilare.
 
Deux heures d'attente dans une foule qui braille, elle s'installe devant une orange pressée et "Une chambre d'hôtel" (Colette).
Parfois elle sent un costume-cravate s'intéresser aux deux cerises géantes plaquées sur ses seins. Poursuit sa lecture. Ou une petite menotte poisseuse la frôler. Elle caresse distraitement son petit crâne duveteux.  Pense à ses propres petits oisillons, laissés bien au chaud dans leur petit nid douillet. Leurs yeux pleins de "reviens vite, Maman" quand ils l'ont déposée à la gare...
Elle chipote le petit lien de coton  multicolore qui lui enserre le poignet. Sa petite fée et elle se sont mutuellement offert le même...
 
Pas mal le blouson marron. Le monsieur dedans non plus, d'ailleurs...
Ben quoi?
Il a des yeux  de chat presbyte. Des lunettes dans les cheveux. Des fesses de danseuse étoile au fond d'un pantalon en lin beige. Chemise reboutonnée à la hâte par sa maîtresse dans la bagnole.
Petit bracelet similaire au mien au poignet, tout contre sa Rolex.
Tiens, ça leur fait un point commun. (le bracelet, pas la montre...)
 
Il ne l'a pas vue, évidemment, je m'échine à écrire que la créature est presbyte. Et que ses berriques sont perdues dans la brousse de ses boucles couleur Nesquik.
 
A ce moment crucial du récit, deux solutions :
1°) l'héroine se replonge pieusement dans "Chambre d'hôtel"
2°) elle se lève, ondule du jeans taille basse et se retrouve dans une chambre d'hôtel
 
Bon, ben, elle se lève, mais attention! uniquement parce qu'elle entendu un appel pour son vol dans les hauts-parleurs...
 
Et, oui, admettons, sa démarche est vaguement ondulante, mais seulement parce qu'elle est portée par des sandales à 8 centimètres de talon...
 
Et alors?...
Et alors?..
Hé, hé,...
 
(à vous de me dire...) 
 
 
 

17:57 Écrit par chouchou | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

à suivre? Les formalités remplies elle pose son menu popotin tout au fond du fauteuil « bizness class ». Comment ? Cela vous étonne ? Elle aussi d’ailleurs. Il faut dire que les méandres de l’informatique réserve parfois d’heureux hasards : quand elle se présenta à lui, l’économique 27a était déjà attribué et occupé par, justement, cet homme au veston marron. La préposée en uniforme rouge seyant, la cariatide idyllique donc, que le commun qualifiera d’hôtesse de l’air, lui proposa de s’installer dans le luxe et l’opulence en regagnant, je cite « les places passagers privilégiés » situés à l’avant de l’appareil . Elle allait passer un bon voyage.
Cependant, parce qu’elle n’est pas ingrate et pour prouver qu’elle n’en voulait pas au goujat (c’est bien ainsi qu’il faut l’appeler le presbyte marronné pour avoir manqué de la plus élémentaire galanterie en s’asseyant le premier), elle lui fait porter une coupe de champagne, vers le milieu du voyage, ce qui approximativement, selon les conjonctures, les astres, le soleil, Greenwich et tout le tralala, s’inscrivit à l’heure précise du petit déjeuner.
Elle sourit dans son coin d’espace pressurisé. Elle sourit, elle se sent bien. Bien, mais loin. Ce bracelet lui fait office de pense bête, elle pense à eux et rien, ni l’espace, ni le temps, ne peut enlever ces images douces et claires qu’elle a accroché dans le ciel de son cœur [attention, nous assistons à un instant précieux] : dans le ronronnement des réacteurs, elle ferme les yeux, sourit et s’endort, elle part rejoindre le pays de ceux qu’elle aime en son confortable lit d’infortune.
A l’arrivée, elle se sent un peu chiffonnée, un peu froissé par le voyage. Les deux cerises, sur sa poitrine, attirent les regards qu’elle ne parvient à capter. Les têtes se tournent quand elle lève les yeux. Elle cherche, se sent un peu perdue, quelqu’un devait l’attendre et pourtant, elle ne trouve personne. Personne ne soutient le petit panneau sur lequel devait être inscrit son nom.
Enfin, son nom de code.
Pour la nouvelle collection tout est classé top secret, c’est pourquoi, elle a choisi de s’appeler Hari, madame Hari… Ce qu’ils ont pu rire quand ils ont décidé de prendre ce pseudonyme. Aujourd’hui, dans ce grand aéroport, les échos de ces rires lui donnent confiance et assurance. Elle n’est pas madame Hari pour rien ! Ce n’est pas grave, ce n’est pas la première fois que cela arrive, elle va prendre un taxi.

[à suivre…]


j'espère que tu passes un bon voyage! A bientôt!

Écrit par : jibi | 23/05/2004

*** Bon voyage!

Écrit par : J | 24/05/2004

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