15/02/2004

L'automne de la vie

Hier je rendais visite à ma grand-mère, hospitalisée suite à une chute.
 
85 ans et 45 kilos.
Un petit visage de pomme qui a traîné trop longtemps par terre ou qu'on n'a pas voulu ramasser, une peau de parchemin, des cheveux d'ange formant un halo autour de ce qui reste d'une femme...
 
Et sa tête qui balance, de gauche à droite, de droite à gauche.
Non, non, non, ou bof, bof, bof...
 
Ses petits pieds qui ont tant marché, tant dansé aussi, ne touchent même pas le sol. Elle est enfoncée dans un fauteuil, à côté du lit de fer qui lui servent désormais de maison.
 
Elle ne sourit pas à mon arrivée, elle ne sourit jamais, on ne lui pas appris, elle qui fut abandonnée à six ans dans un orphelinat par une mère qui "avait envie de vivre sa vie".
Pourtant ses yeux bleus, délavés par les tempêtes de toujours, pétillent d'un éclat qui ressemble à du bonheur.
Je lui caresse tendrement les cheveux, comme je le fais avec mes mômes à moi, je sens son odeur de savonnette.
 
Elle joue son rôle à merveille : la matriache à qui il faut obéir, qu'il faut écouter, respecter.
Elle parle haut et fort, raille sa voisine de lit, râle sur les infirmières.
 
Elle s'est persuadée (pour rassurer ses rares visiteurs ou elle-même?) que sa sortie est proche.
 
Je lui explique qu'elle ne pourra plus retourner dans son appartement, et ses yeux s'embuent et elle prétexte que son chat a besoin d'elle...
En fait, plus personne n'a besoin d'elle, et c'est bien là la raison de sa solitude.
Lucide, elle déplore le désintérêt de sa famille, puis elle hausse les épaules et dit "j'm'en fous".
 
Et elle me confie que ce qu'il lui a toujours manqué, c'est les caresses, d'une maman, d'un amant...peu importe.
Je voudrais la serrer dans mes bras, je ne peux pas.
Elle me dit que j'ai toujours été sa préférée, et aujourd'hui plus que jamais : parce que je suis devenue la femme qu'elle aurait voulue être, la mère qu'elle aurait voulu avoir.
 
C'est un compliment magnifique qui me touche très profondément.
 
Elle me recommande d'être égoiste, elle pense que c'est une des bases du bonheur.
 
Et alors je comprends pourquoi elle a tant souffert.
 
Je n'ai pas peur de vieillir, mais ce qui m'effraie c'est le regard des autres, le dégoût que certains éprouvent face à la vieillesse, la solitude.
 
Ca me rappelle la magnifique chanson de Jacques Brel, " Les Vieux".
 
Je voudrais offrir à ma mamy quelques années de bonheur.
 
Comment m'y prendre?

16:22 Écrit par chouchou | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

La vie ne fait que peu de cadeau tu es peut-être le sien...

Écrit par : J | 19/02/2004

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